NICOLAS CHEVEREAU
NICOLAS CHEVEREAU

Nocturne

Mélodie pour soprano et piano sur un poème de Stuart Merrill

La blême lune allume en la mare qui luit,

Miroir des gloires d'or, un émoi d'incendie. 

Tout dort. Seul, à mi mort, un rossignol de nuit 

Module en mal d'amour sa molle mélodie.

 

Plus ne vibrent les vents en le mystère vert 

Des ramures. La lune a tu leurs voix nocturnes :

Mais à travers le deuil du feuillage entr'ouvert

Pleuvent les bleus baisers des astres taciturnes.

 

La vieille volupté de rêver à la mort

À l'entour de la mare endort l'âme des choses.

À peine la forêt parfois fait-elle effort

Sous le frisson furtif de ses métamorphoses.

 

Chaque feuille s'efface en des brouillards subtils. 

Du zénith de l'azur ruisselle la rosée 

Dont le cristal s'incruste en perles aux pistils 

Des nénuphars flottant sur l'eau fleurdelisée.

 

Rien n'émane du noir, ni vol, ni vent, ni voix, 

Sauf lorsqu'au loin des bois, par soudaines saccades, 

Un ruisseau turbulent croule sur les gravois :

L'écho s'émeut alors de l'éclat des cascades.

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